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Commentaire sur L'Étang de la peur - Patrice Oudot

Ajouté par Aryia

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Par le Editer
Aryia Argent
Note : 7/10
Je vais vous faire une confidence : la première fois que j’ai lu Le Horla, au collège pour les cours de français, j’ai fait des cauchemars pendant plusieurs semaines et m’étais jurée de ne plus jamais lire de récits fantastiques (à comprendre ici en tant que registre - et non genre - littéraire : un récit caractérisé par l’intrusion souvent angoissante, voire terrifiante, du surnaturel ou de l’étrange dans un cadre banal et réaliste, et où lecteurs comme personnages ne sont plus en mesure de distinguer ce qui dépend de la réalité ou non). Ce n’est que quelques années plus tard, lorsque ma professeure de français m’a offert un recueil de nouvelles fantastiques (qui lui avait d’ailleurs été offert lorsqu’elle était élève par sa professeure de français), que j’ai pris mon courage à deux mains et ai valeureusement redonné sa chance à ce registre. Et c’est passé comme une lettre à la poste : aucune frayeur nocturne, et surtout, un véritable coup de foudre entre le fantastique « à la Hoffman/Gautier/Maupassant » et moi. Du coup, vous vous en doutez bien, quand l’auteur m’a proposé ce roman en service de presse, je n’ai pas pu m’empêcher d’accepter illico presto !

Lorsque Jérôme, son frère, sa belle-sœur et ses amis se rendent à l’Etang pour le week-end, ils étaient bien loin d’imaginer le tournant qu’allait prendre cette escapade traditionnelle. Tout commence par un orage, soudain et effrayant, tandis qu’ils s’engagent sur le tortueux chemin qui mène à la cabane branlante qui leur sert d’abri lors de ces excursions … Et au fur et à mesure que les heures passent, des événements de plus en plus incroyables et de plus en plus terrifiants s’abattent sur notre petit groupe de campeurs. L’angoisse s’empare progressivement d’eux lorsque la raison échoue à expliquer ces phénomènes aussi impressionnants qu’irrationnels … Reclus dans cette forêt qui s’est inexplicablement refermée sur eux, les empêchant de fuir ce cabanon isolé, ils vont devoir affronter la folie qui menace à chaque instant de les engloutir … à moins que la nature ne s’en charge en premier.

Après un début un petit peu laborieux, un petit peu longuet, auquel j’ai eu du mal à accrocher, l’histoire se met rapidement en route. Un soudain orage, un impact de foudre qui donne naissance à une clairière entière au moment même où les véhicules de nos protagonistes s’engagent sur le chemin … Voilà qui donne le ton de ce roman ! Ajoutez à cela une vieille bicoque apparemment abandonnée, embusquée au cœur d’une immense forêt résonnant de hululements et de croassements et un étang survolé par une brume fantasmagorique … et vous aurez tous les éléments pour mettre en place une ambiance angoissante, oppressante, inquiétante. Et le moins que l’on puisse dire, c’est bien que l’auteur est doué dans le délicat exercice qu’est la description de paysage. On s’y croirait ! On s’y croirait tellement … que lorsque les premiers éléments véritablement surnaturels, irrationnels, font irruption dans le récit, on ne peut s’empêcher de vérifier, à maintes reprises, si on est bien en sécurité au fond de notre lit, dans notre douillette petite maison, et pas dans une petite masure de chasseur perdue au cœur de cent cinquante hectares de forêt. C’est vraiment la grande force de ce roman : plonger le lecteur en véritable immersion dans l’ambiance du récit !

A côté de cela … et bien je suis mitigée. D’un côté, on a cet aspect purement fantastique qui m’a vraiment conquise, avec une tension dramatique qui s’installe progressivement pour ensuite grimper en flèche, avec une véritable ambivalence entre le rationnel et la folie … Et de l’autre, on a ce côté un peu plus ésotérique, qui est arrivé comme un cheveu sur la soupe et qui, surtout - et c’est ce que je lui reproche finalement -, est venu supprimer ce côté « inexpliqué et inexplicable » des événements survenus à l’Etang. L’idée développée est très intéressante (pour reprendre la quatrième de couverture : « aucun être humain ne peut se dédouaner du passé »), mais elle n’avait, à mes yeux, pas sa place dans un tel récit … J’aurai préféré ne pas « comprendre la genèse de ce week-end d’octobre 1976 », j’aurai préféré rester dans le flou total comme c’est généralement le cas dans les récits fantastiques … et du coup, ces révélations, ces explications, bien que surprenantes, m’ont dérangées. C’est d’ailleurs pour cela que je ne recommande pas ce roman aux adeptes du fantastique pur et dur : le dernier tiers de l’ouvrage fait basculer celui-ci dans un tout autre registre qui n’intéressera pas forcément les passionnés de mystères non résolus …

De la même façon, je reste un peu partagée quant à la narration. C’est beau, c’est très littéraire, rien à redire là-dessus. Mais justement … c’est peut-être un petit peu trop littéraire, trop soutenu, trop emphatique. Beaucoup d’adjectifs très recherchés, beaucoup de subordonnées, de juxtapositions, quelques maladresses du point de vue de la ponctuation … Cela alourdit un peu le texte et casse un peu le rythme de l’intrigue, car le lecteur doit faire un véritable effort pour saisir toutes les subtilités du texte. J’aime les narrations un peu lyriques et alambiquées, mais là, c’était presque trop pour moi : je n’ai pas trouvé ici cette fluidité que je recherche, qui fait que les mots coulent de source, que les phrases s’enchainent sans difficulté, que les pages se tournent sans que l’on ne s’en rendre vraiment compte. Nous avons ici une très belle plume presque trop travaillée : à vouloir trouver le mot juste - ou plutôt les mots justes - pour exprimer l’image recherchée, le style a perdu en spontanéité, en simplicité. Je suis donc partagée entre mon amour des belles lettres et mon amour de la clarté. Je pense qu’ici, tout dépend de la sensibilité du lecteur : certains adoreront, d’autres grinceront des dents !

En bref, une lecture en clair-obscur. Si j’ai énormément apprécié cette ambiance inquiétante et ces manifestations surnaturelles qui viennent abroger la frontière entre réalité et chimérique, j’ai été un peu déçue qu’une explication, certes ésotérique mais tout de même rationnelle une fois exposée, vienne briser cet aspect fantastique. Mais cet avis n’engage que moi : pour ceux qui sont moins « puristes », cela ne posera clairement aucun problème, d’autant plus que cet aspect ésotérique est bien amené et s’appuie sur une question très intéressante (peut-on réellement considérer nos erreurs et nos fautes du passé comme révolues ou doit-on porter ce fardeau jusqu’à ce que nous les ayons réparées d’une façon ou d’une autre ?). De la même façon, le style assez soutenu pourra plaire aux uns et déplaire aux autres. Je conseille donc ce livre à tous ceux qui aiment les huis clos angoissants mettant en scène des manifestations surnaturelles et qui apprécient les récits ésotériques.

http://lesmotsetaientlivres.blogspot.fr/2018/04/letang-de-la-peur-patrice-oudot.html
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